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ITW avec Yannick Vallet - Le cinéma : du langage à l'écriture

ITW avec Yannick Vallet - Le cinéma : du langage à l'écriture

Comprendre le langage cinématographique pour en connaître les bases, des notions élémentaires aux règles spécifiques à cet art, c’est ce que propose Yannick Vallet dans sa Grammaire du cinéma  (Armand Colin, 2016). Cet ouvrage didactique, nourri de son expérience de réalisateur et de sa culture cinématographique, analyse les aspects techniques en les illustrant abondamment de 160 extraits de films issus de la cinématographie mondiale. Destiné aux enseignants et étudiants, il passionnera aussi les vrais cinéphiles.

 

 

- Pourquoi cette grammaire du cinéma, est-ce le premier du genre ?

 

Le seul ouvrage à être, à proprement parler, une « Grammaire du cinéma » est celui de Jos Roger paru en 1955 et jamais réédité !

Depuis les années 80, à part l'excellent « Techniques du cinéma » de Vincent Pinel, mais qui aborde le langage filmé seulement de façon parcellaire, aucune grammaire digne de ce nom n'a été écrite.

Lorsque j'étais étudiant en cinéma et même après, lorsque j'étais assistant puis réalisateur, j'ai souvent cherché un ouvrage de référence qui reprenne pas-à-pas toutes les notions essentielles du langage cinématographique, qui m'explique de façon claire la règle du champ/contrechamp, la différence entre un travelling et un zoom ou même les principes du montage image. Mais je ne l'ai jamais trouvé. Alors, lorsque j'ai vu que je devais régulièrement réexpliquer à mes amis, ou aux apprentis cinéastes que je côtoyais, les principes du langage filmé, je me suis décidé à écrire moi-même cette grammaire qui semblait tellement manquer à tous !

 

- Qu’est ce qui compose votre « grammaire » du cinéma ?

Ma grammaire est composée de deux parties. La première revenant sur les notions de base du cinéma, du tournage au montage (la focale, le diaphragme, le plan, le montage image, le cut, etc). La deuxième partie abordant les règles et les principes qui régissent spécifiquement ce langage (le champ/contrechamp, les sortie/entrée de champ, la plongée, la contre-plongée, la caméra subjective, le plan séquence, les transitions, etc.).

Mais la particularité de mon ouvrage réside dans l'étaiement de chaque notion, règle ou principe par, systématiquement, trois exemples d'extraits pris dans la cinématographie mondiale : avec un extrait de film dit « classique » des origines aux années 50, un extrait de film dit « populaire » ou de « genre » pris entre les années 1960 à 1980 et enfin un extrait de film dit « récent » des années 1990 à aujourd'hui. On a ainsi environ 160 extraits de films qui sont analysés et décortiqués.

 

- Comment avez-vous choisi les films que vous utilisez pour étayer vos propos ?

Comme je l'ai dit, les extraits proviennent de trois périodes particulièrement importantes dans le cinéma : avant les années 50, des années 60 à 80 et depuis les années 90.

Mais mon parcours de cinéphile, puis de réalisateur d'émissions et de documentaires de cinéma m'a permis de plonger dans l'histoire du cinéma et dans la mémoire que j'en avais.

L'idée était d'éviter de prendre, dans la mesure du possible, les sempiternelles références éternellement citées et de montrer que nombre d'autres films existaient. Et surtout, que le cinéma ne se résumait pas à quelques réalisateurs stars qui seraient les seuls détenteurs du bien filmer : les petits maîtres du cinéma de genre (l'expression est de Jean-Pierre Dionnet pour qui j'ai réalisé « Cinéma de Quartier » pendant plus de 15 ans et avec qui j'ai créé l'émission « Quartier Interdit » sur Canal+) utilisant les mêmes règles que les grands cinéastes.

 

- Comment votre expérience de réalisateur a-t-elle nourri votre ouvrage ?

Ça c'est une autre facette du livre qui fait la différence avec une approche qui aurait pu être plus purement théorique de la grammaire. L'idée était de montrer « à quoi ça sert ». Étant donné mon travail sur le terrain j'ai pu, depuis de nombreuses années, vérifier ce qui marchait et ce qui ne marchait pas, ce qui était difficile à appliquer ou les règles qu'il était possible de transgresser.

Et puis le vocabulaire spécifique du cinéma, la réflexion, le ressenti très spécial que l'on peut avoir sur un plateau de tournage ou dans une salle de montage, dans l'action concrète de la fabrication, n'est pas forcément exactement celui que l'on enseigne, de façon très théorique, sur les bancs d'une école ou dans les amphis des universités. Même si les bases du langage cinématographique sont et resteront, bien entendu les mêmes pour tout le monde, tout autour de la planète et depuis plus d'un siècle !

 

© Armand Colin, mai 2016

AUTEURS

Yannick VALLET est réalisateur de documentaires, d’entretiens (Claude Chabrol, Ray...