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ITW avec Olivier Clochard : Atlas des migrants en Europe

Politiques migratoires... pour des alternatives plus humaines
 

La troisième édition de l’Atlas des migrants en Europe (Armand Colin, 2017) coordonnée par Olivier Clochard pour Migreurop, propose une approche et des analyses pluridisciplinaires, près de quatre-vingt-dix contributeurs - chercheurs, photographes, et militants associatifs - y ayant contribué.

Cette nouvelle édition plus didactique s’est enrichie d’une iconographie très diversifiée, cartes, photographies et dessins s’articulant parfaitement avec le texte.

L’occasion de faire le point avec Olivier Clochard sur l’évolution des phénomènes migratoires en Europe.

 

Depuis trois décennies, Les États ne cessent de mener des politiques restrictives envers les migrants, en instaurant de nombreux dispositifs successifs conduisant à compliquer la mobilité des personnes venant en Europe, quels que soient leurs motifs. Ce virage s’est opéré dès les années 1980 pour se généraliser vers 1990. Mais c’est véritablement à partir de 2001 que l’on constate un rapprochement des mesures concernant la lutte contre le terrorisme de celles restreignant les migrations des personnes fuyant elles-mêmes les combats dans leurs pays.

 

Parallèlement, la montée des mouvements d’extrême-droite en Europe entraîne une telle crispation qu’elle empêche les gouvernements de réfléchir à des solutions plus humaines vis-à-vis des personnes migrantes.

 

Aujourd’hui, les États membres de l’Union européenne appuient leurs politiques d’accueil sur des catégorisations de migrants (politiques et économiques) afin de filtrer les entrées, mais on constate que les causes des migrations sont très imbriquées les unes aux autres et résultent de divers facteurs. Aux questions d’ordre politique et sécuritaire peuvent s’ajouter des raisons d’ordre économique, voire environnementales.

 

Ainsi, les migrations environnementales sont souvent liées à des conditions politiques sous-tendues par des logiques néo-libérales qui conduisent à la désertification de territoires par exemple.

 

Quant aux dispositifs de renvoi des migrants, destinés à rassurer l’opinion publique et à prouver l’efficacité des politiques, ils sont inopérants. Seuls près de 40% des migrants maintenus dans les centres de rétention administrative l’Union européenne sont renvoyés dans leurs pays, avec des impacts importants sur la vie personnelle de ces personnes. Les chiffres publiés par les autorités elles-mêmes montrent l’inefficacité de ces mesures.

 

Les grandes organisations internationales pour l’immigration, financées par les États qui prônent des politiques de restriction, visent également à inciter les migrants à retourner dans leur pays d’origine, malgré les débats qui les agitent en interne.

 

Les solutions face à ces phénomènes migratoires passent par un meilleur accueil, en privilégiant davantage de circulation et de possibilités d’installation de ces personnes.

 

Mais dans un contexte de crispation sur l’accueil des migrants, il convient de faire preuve de beaucoup de pédagogie.

 

Cela passe par plusieurs étapes :

- faire mieux connaître des exemples concrets d’accueil de migrants réussis ;

- démontrer qu’ouvrir les frontières ne va pas provoquer des afflux importants de personnes, car circuler requiert des moyens financiers et des réseaux auxquels tous les ressortissants d’un pays n’ont pas accès ;

- favoriser l’éducation à l’accueil et l’acceptation de la diversité,

- faire évoluer les mentalités, c’est ce que tentent depuis des années, à Calais, Paris, en Belgique ou en Grèce, des organisations impliquées dans différents mouvements de solidarité locale.

 

Les initiatives mises en place dans cette direction proviennent essentiellement de la société civile - et ce, à différentes échelles, locales, régionales et européennes - permettant de tordre le coup aux préjugés. Parmi les initiatives prises en France, on peut citer les États généraux de l’immigration organisés par les associations et la société civile qui visent à ce que les gouvernements prennent en compte les constats établis par celles et ceux qui travaillent sur ces questions depuis des années.

 

L’objectif de ces manifestations qui rejoint en partie ce qui est écrit dans l’Atlas, est de proposer de réelles alternatives aux politiques migratoires actuelles inhumaines voire criminelles.

 

Il s’agit aussi de lutter contre les idées reçues qui peuvent être parfois puissantes, ainsi il est important de proposer des ouvrages comme celui de l’Atlas des migrants en Europe, qui va vraiment à l’encontre des idées fausses. Cet atlas très pédagogique est destiné aux enseignants du secondaire, aux étudiants et à toutes celles et ceux (grand public) qui s’intéressent et souhaitent comprendre autrement les migrations.

 

 

© Armand Colin, Février 2018

LIVRES

Atlas des migrants en Europe - 3e éd. - Approches critiques des politiques migratoires
Approches critiques des politiques migratoires
Papier25.00 €