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La littérature pour la jeunesse est progressivement sortie d’un univers confiné à la lecture familiale, restreinte à des usages lettrés, dans des milieux eux-mêmes fortement inscrits dans la rencontre avec les textes ou le livre en général et la littérature en particulier. Dans le même mouvement, cette littérature s’est évadée des cadres et des pratiques de la lecture publique, et en premier lieu des bibliothèques municipales. Aujourd’hui, nous constatons qu’elle a passé les murs de l’école et du collège, voire du lycée, comme en témoignent les différentes études restituées dans cette deuxième partie. Cependant, ce passage n’a guère été suivi d’un effet en retour ; les lieux désormais ouverts dans et par l’école (les BCD, les CDI) se sont paradoxalement fermés à l’extérieur, et ne sont pas vraiment parvenus à inventer de nouvelles pratiques réduisant les frontières entre ces différents espaces de lecture.
Et si les ouvrages de jeunesse sont entrés à l’école, cette scolarisation s’est accomplie dans des cadres, des modèles, des méthodologies essentiellement scolaires. Les manuels sont révélateurs de cet accomplissement. Ils sont sortis de la logique des « morceaux choisis » pour offrir des oeuvres intégrales, mais aussi souvent pour les lier dans des activités, et parfois des « exercices », spécifiques : du groupement de textes aux réseaux de lecture, de la mémorisation des textes au débat interprétatif, du questionnaire de compréhension littérale à l’écriture inventive, de la lecture à haute voix à la mise en voix, de la lecture méthodique à la lecture cursive, de l’explication de texte au repérage des points de vue, des voix et des instances d’énonciation…
La didactisation de la littérature de jeunesse n’est cependant pas totale. De fortes résistances éditoriales maintiennent encore ici et là une frontière entre le livre et le manuel, réfutant par la-même toute analyse intelligente et conjointe de l’oeuvre, de l’auteur ou de l’illustration. 79d Cette sacralisation en rencontre une autre, propre à l’enseignement des lettres, qui écarte ou diffère toutes les pratiques novatrices – notamment du côté de l’écriture – pour s’appliquer à reproduire des techniques plus ou moins « éprouvées », dans un sentiment désuet de nostalgie et une vaine posture de « gardien du temple » littérature.
Les contributions restituées ici s’inscrivent dans une toute autre perspective ; elles ouvrent ou renouvellent des pratiques de lecture et d’écriture littéraires, à travers des propositions didactiques originales, de la maternelle au lycée, des propositions réfléchies qui s’opposent résolument aux formules incantatoires dominées par la reconnaissance très relative de l’immanence de l’oeuvre.
Références et titres originaux : • « Une approche du point de vue dans cinq albums pour les cycles 1 et 2 de l’école primaire », par Marie-Claire M ARTIN & Serge M ARTIN (n° 98, 1992, pp. 53-60). • « Grouper des textes à l’école élémentaire », par Jacques D AVID , Annie P ERROT & Serge M ARTIN (n° 97, 1992, pp. 81-98). • « Entrer en lecture littéraire avec l’album », par Danièle D UBOIS -M ARCOIN (n° 137, 2002, pp. 72-78). • « Lire pour apprendre : utiliser les textes documentaires », par Michel L E B OUFFANT (n° 74, 1986, pp. 89-99) • « Lire un même album de la maternelle à la seconde », par Jean-Pierre D ROUAR , Blandine F RÉMONDIÈRE & Chantal R IOU (n° 149, 2005, pp. 85-92).
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