Le 7e art a exploré toutes les formes d’alliance et de contraste entre la difformité physique et la laideur morale, traquant l’innocence et la pureté sous les apparences les plus repoussantes et révélant des abîmes de noirceur sous les élégances affichées. Nous voici conviés à la plus jouissive des visites, celle de la grande galerie des anormaux, où des avortons de l’imagination involontairement comiques voisinent avec des créatures réellement dérangeantes, échappées au contrôle de leurs géniteurs scénaristes et réalisateurs... Car la force du cinéma, grand art des projections, n’est-elle pas d’avoir su mieux que tout autre donner figures inhumaines à cette part de monstruosité qui, en tout être humain, hésite entre déni de soi et soif d’exercice ?
Éric Dufour est professeur de philosophie à l’Université de Grenoble. Il a notamment publié Le Cinéma d’horreur et ses figures (PUF, 2006) et David Lynch : image, matière et temps (Vrin, 2008).
1. Qu’est-ce qu’un monstre ? L’autre de l'homme L'autre dans l’homme La norme et démesure Hybrides et mutants 2. Le visage du monstre Du mécanique au numérique Le maquillage Les marionnettes 3. Cacher et/ou montrer le monstre Le masque La suggestion L’expression Le profil et le phénomène 4. Le monstre a un monde L’affiche et la bande-annonce Peur et place du spectateur La déréalisation du monde La narration La question sexuelle La raison et les émotions