« Poilu », «Boche », «marmite », « pruneau », « pinard », « cahoua », « becqueter », « roupiller », « zigouiller », « avoir la trouille »…autant de mots ou d’expressions qui, venus de la Grande Guerre, résonnent encore dans notre imaginaire collectif.
Fruit d’un mélange de jargon de caserne et d’argot des quartiers populaires parisiens, de termes régionaux et d’emprunts aux idiomes étrangers, cette langue, façonnée par l’expérience de la violence, forme l’une des dimensions, longtemps oubliée, des cultures de guerre.
Fondé sur l’analyse des dictionnaires de langue et d’argot, sur les grandes enquêtes linguistiques contemporaines comme sur les sources littéraires, ce livre retrace la genèse, les formes et les fonctions de cette langue qui permit aux contemporains de faire la guerre, de la supporter jusqu’à son terme, de tenter d’en maîtriser les conséquences et finalement d’essayer de dire, en partie, l’indicible.
Odile Roynette est maître de conférences d’histoire contemporaine à l’Université de Franche-Comté. Elle a notamment publié Bons pour le service. L’expérience de la caserne en France à la fin du XIXe siècle (Belin, 2000) et Les mots des soldats (Belin, 2004).
Des mots pour la guerre
Les plaisirs de la connivence
Les premiers lexiques
Les ambiguïtés du dévoilement
La contre-offensive savante
La lutte contre les « plus fanatiques de l’argot des tranchées »
Fonder l’enquête pour refonder l’objet : la méthode d’Albert Dauzat
Gaston Esnault, grammairien et « secrétaire des poilus »
Des usages littéraires
L’émergence d’un « parler poilu »
Le Feu, roman du dérèglement verbal
Postérités du Feu
Formes et genèse d’une langue de guerre
La sédimentation des strates lexicales au cours du XIXe siècle
Héritage et créations en guerre
Les mots des autres
Paroles combattantes
Les modalités de la parole et de l’écoute
Le verbe prend corps
Survivre grâce aux mots
Trajectoires
Vers le for intérieur
Les usages politiques
Les territoires de la métaphore guerrière
Une démobilisation linguistique ?