S’orienter, localiser, représenter et régionaliser les phénomènes observés : autant de démarches simples de la vie de tous les jours qui sont à l’origine de la géographie. Comme toute discipline scientifique, la géographie classe les phénomènes. Mais elle se démarque en tenant compte d’une condition particulière : les phénomènes observés doivent être contigus pour appartenir à une même catégorie.
Le présent ouvrage s’attache à l’analyse des pratiques scientifiques des géographes. Il explore des savoir-faire sans chercher à établir des prescriptions universelles. Car le travail du géographe naît de la permanente confrontation de deux exigences : d’une part considérer l’espace, les relations au sein de chaque milieu et le rôle des distances dans la vie collective ; d’autre part mettre en œuvre, dans ce contexte spatial, les instruments et les catégories imaginés par les autres disciplines pour explorer leur champ propre.
L'épistémologie de la géographie soulève distingue ainsi :
- les logiques qui furent mobilisées dans la construction des savoirs populaires et des géographies appliquées, et à la fois dans l’évolution des géographies scientifiques ;
- les débats épistémologiques depuis la fin du XIXe siècle, nés à la fois des difficultés rencontrées par les géographes et d’interrogations venues de l’extérieur ;
- le contexte dans lequel s’élaborent les questions adressées aux géographes, en fonction des conceptions de la connaissance nées de la philosophie, de la physique, de l’histoire naturelle et des sciences sociales ;
- les cadres mentaux forgés pour rendre compte de l’organisation politique du monde et raconter la géohistoire de la civilisation, pour répondre aux grandes idéologies qui guident l’action des hommes depuis la Renaissance.
Paul CLAVAL, professeur émérite de l’université de Paris 4 Sorbonne, a enseigné l’histoire de la pensée géographique, la géographie économique, la géographie culturelle et la logique des systèmes territoriaux.
Géographies vernaculaires et recensions administratives. Les grilles de base de la géographie. La géographie comme récit. La géographie comme étude des rapports de l'homme à l'environnement : un schéma récurrent d'explication. La géographie comme analyse de situation. La géographie comme étude des combinaisons : régions, milieux humanistes et paysages agraires.Une physique du social. L'espace dans la vie des groupes humains. L'expérience humaine de la Terre. L'approche culturelle en géographie. Les grands débats épistémologiques : de 1890 à 1970 et de 1970 au début des années 1980. L'élargissement des débats épistémologiques à l'ère du post-modernisme ete du post-colonialisme. En arrière-plan : l'épistémologie des philosophes et celle des savants. Epistémologie et imagination géographique.