"Qu'est-ce qu'on peut comprendre d'un homme aujourd'hui ?", se demande Sartre dès L'Être et le Néant.
À l'heure où l'Histoire et la société sont tantôt craintes comme des instances fatales et opaques, tantôt éludées dans une indifférence individualiste et nihiliste, Sartre renoue, au-delà de Marx et de son héritage, les liens entre l'activité des individus et la genèse du pouvoir. La leçon du "groupe en fusion", de la fraternité et de l'institution, est qu'il n'y a pas de totalité sociale ou historique qui préexiste aux possibles que les hommes imaginent, même si leur propre Histoire leur échappe, en raison du caractère irréductible de la multiplicité. Puissance et liaison des libertés singulières, qui s'unissent sans se confondre, pour refuser l'inhumain et affirmer l'impossibilité de vivre, dans une dialectique subjective et vivante des luttes.
Cet essai s'attache à suivre dans l'œuvre de Sartre l'entreprise infinie de totalisation de l'être, du monde et de l'Histoire en fonction du primat de l'existence particulière. Hadi Rizk s'intéresse à cet axe qui relie L'Être et le Néant (1943), la Critique de la raison dialectique (1960) et de l'Idiot de la famille (1972) pour montrer comment s'opère dans la philosophie de Sartre cette totalisation du réel, du monde et de l'Histoire par une aventure de la liberté.
Hadi Rizk, ancien élève de l'ENS, docteur en philosophie, est professeur de khâgne au lycée Henri-IV (Paris).
Introduction
I. La phénoménologie prise au mot : l’anti-idéalisme du jeune Sartre
1. La transcendance du phénomène
2. Une conscience impersonnelle, champ transcendantal pur
3. La constitution de l’Ego
II. Négation et dévoilement : la subjectivité, le possible, le monde
1. La nausée, une apparition de la contingence, ou de l’absolu
2. La question de l’être du phénomène
3. Nécessité d’un être transphénoménal de la conscience
4. L’être en soi, ou l’être du phénomène
5. La néantisation, condition inapparente d’un monisme du phénomène
6. Le pour-soi, projet d’une totalisation impossible
7. Présence à soi et ipséité. L’être du possible
8. Le réel est réalisation
III. La liberté, de la contingence à l’action
1. La réalité temporelle de l’action
2. L’action, sous les espèces d’une création de mauvaise foi
3. La question morale, du point de vue de la réflexion pure
4. Créer ce qui est
5. La générosité
IV. La praxis des individus, raison constituante de la dialectique
1. La rationalité dialectique
2. Organisme, besoin et praxis
3. Praxis et relation interindividuelle
4. L’intelligibilité de l’aliénation
5. L’expérience de la nécessité
6. Un monisme du monde humain
V. Le collectif, ou l’union en altérité
1. Contre-finalité et praxis renversée
2. Intérêt et destin : l’homme dominé
3. L’être sériel, union en altérité
VI. Multiplicité et groupe
1. La révolte contre l’impuissance collective
2. De l’être pour-autrui au tiers
3. Le tiers régulateur
4. La réciprocité médiée
5. Le serment
6. L’institution et la souveraineté
VII. Totalisation et Histoire
1. Matérialisme ?
2. Contradiction, vie et violence
3. La lutte comme totalisation
4. Conflit et incarnation
5. L’être de l’Histoire et la totalisation d’enveloppement
VIII. Gustave Flaubert et le choix de l’imaginaire : une anthropologie philosophique ?
1. La prédestination
2. L’enfant imaginaire
3. Abolir le réel par l’écriture : le style de Flaubert
4. Névrose et incarnation : l’Art absolu
5. La vie d’un écrivain : un raccourci prophétique de l’époque ?
Conclusion