Presque soixante ans après la chute de la garnison française à Dien Bien Phu, nous connaissons encore mal l’autre côté combattant. Le « phénomène Viet Minh » est toujours expliqué soit comme la manifestation d’un patriotisme vietnamien « éternel » soit comme l’incarnation du « totalitarisme » communiste. Se basant sur des sources vietnamiennes inédites, l’auteur rompt avec ces interprétations pour analyser la manière dont les nationalistes vietnamiens conduits par le Parti communiste forgèrent un véritable État dans la perspective de mener l’effort de guerre, de préserver son assise territoriale et de projeter dans l’avenir la souveraineté nationale. L’auteur remet également en cause le mythe d’une simple « guerre de guérilla » asymétrique opposant le colonisé au colonisateur. Grâce à l’assistance sino-soviétique, les communistes vietnamiens entamèrent une conversion vers une forme moderne de guerre conventionnelle et à cet effet, mirent sur pied une armée professionnelle. Pour réussir cette transition, le Parti accentua sa mainmise sur l’État, la société et l’armée. Il instaura simultanément une révolution sociale radicale, non seulement pour mobiliser toujours plus de forces mais aussi pour remodeler l’État et la société selon le moule communiste. L’histoire du Vietnam contemporain ne se réduit pas à « la » guerre, mais assurément elle fut sa matrice. En somme, l’État vietnamien a fait la guerre autant que la guerre a fait l’État.
Christopher Goscha est un spécialiste reconnu de la guerre d’Indochine. Professeur en relations internationales à l’Université du Québec à Montréal, il a publié de nombreux ouvrages en anglais.
Introduction. Un « État en guerre » est né Chapitre 1. La guerre d’Indochine, une « histoire connectée » Chapitre 2. D’un État à un autre Chapitre 3. Construire la force de combat Chapitre 4. La ville en guerre Chapitre 5. La médecine sur la brèche Chapitre 6. Le pouvoir, la police et le renseignement Chapitre 7. Une guerre coloniale transnationale Chapitre 8. Les communications de guerre Chapitre 9. La bataille diplomatique Chapitre 10. « Un État de guerre totale » ? Conclusion. Les limites humaines de l’État en guerre