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Les difficultés du travail d’enseignant... quelles solutions ?

Inégalités des territoires en matière d’éducation, empilement des réformes, relations difficiles avec les élèves... l’enquête menée par Anne Barrère auprès d’enseignants recense ces difficultés avec l’éclairage sociologique dans « Au cœur des malaises enseignants ». L’auteur partage ici quelques-unes de ses conclusions.

 

Les difficultés du métier d’enseignant sont de divers ordres. Au niveau conjoncturel, de nombreuses réformes de petite ou moyenne portée se sont accumulées ces dernières années et les enseignants ont dû les appliquer, en y adhérant plus ou moins. C’est sans doute l’aspect le plus visible médiatiquement. Mais d’autres difficultés ont une origine plus structurelle.

 

Des causes essentiellement structurelles

Certaines tiennent à la nature du travail d’éducation, très axé sur la relation, notamment avec des groupes d’élèves dont il faut obtenir la coopération.

En outre, les enseignants se sentent remis en cause par les critiques sur leur impuissance à lutter contre l’inégalité scolaire ou sur leurs pratiques – critiques alimentées par les sciences sociales, alors qu’ils ne sont pas seuls en cause.

Enfin, la montée d’exigence d’efficacité qui touche toute la société les concerne également alors même qu’aucune certitude n’existe sur une possible efficacité adaptable à tous les contextes d’enseignement.

S’ajoute à cela la pénibilité d’un travail où les difficultés relationnelles et les risques d’usure sont vécus souvent de manière très individuelle.

 

Des outils issus des sciences sociales

Dans ce contexte, les sciences sociales peuvent être utiles aux enseignants. A condition de les présenter avec des outils tenant compte de ce ressenti.

Il faut dépasser l’aspect purement individuel des difficultés du métier, pour aller vers une communication plus collective sur un certain nombre de problèmes. Par exemple, même si les difficultés relationnelles avec les élèves sont vécues individuellement, dans une trajectoire d’enseignant, elles constituent un risque extrêmement partagé.

Les chefs d’établissement ont aussi la possibilité de contribuer à construire un collectif, à condition d’investir leur marge de manœuvre hiérarchique locale.

 

Une formation à professionnaliser

Une formation initiale adaptée serait l’une des meilleures réponses pour résoudre des difficultés structurelles amplifiées par l’état de la formation actuelle. Les décideurs, c’est-à-dire les politiques, n’ont toujours pas réalisé que les enseignants sont de véritables professionnels. En effet, contrairement aux médecins et avocats, ils ne bénéficient pas d’une formation professionnalisante digne de ce nom. En deux années, dont une destinée au concours, ils n’ont pas le temps d’apprendre le métier et leur professionnalité se construit de façon précipitée et chaotique.

Soumise aux restrictions budgétaires, la formation continue, se réduit à la portion congrue devenant parfois une pure instance d’application des réformes. Alors que les enseignants ont besoin de thèmes de réflexion plus larges pour nourrir leurs pratiques et pallier les lacunes de leur formation initiale.

Celle-ci devrait être une construction progressive sur l’ensemble des années de licence et master, avec un master mi-disciplinaire, mi-centré sur des problèmes de pédagogie, de didactique, de recherche en éducation. C’est à ce prix que l’on parviendra à réduire les malaises enseignants. Le propos de mon livre est de faire une petite partie du chemin, en les explicitant d’une part, en les éclairant par divers outils des sciences sociales d’autre part, et enfin en montrant comment les enseignants développent des ressources pour y faire face.


© Armand Colin, avril 2017

AUTEURS

Barrère
Anne Barrère, ancienne enseignante du secondaire, est actuellement professeure des universit...